Les complexités logistiques des courses alimentaires en ligne

E-commerce dans l’alimentation : les trois configurations
L’e-commerce, entendu comme l’achat de produits en ligne, atteint des volumes significatifs dans divers secteurs marchands.
Parmi ceux-ci, un secteur qui a récemment connu des taux de croissance très élevés sur le marché en ligne est celui de l’alimentation. Dans le domaine de l’e-commerce alimentaire, il est possible d’identifier trois types d’initiatives distincts, chacun caractérisé par des complexités et des particularités spécifiques :
Le premier est le soi-disant e-commerce énogastronomique, c’est-à-dire la vente en ligne de produits de “garde” non frais tels que le vin, le café ou l’huile, sans contraintes particulières de rapidité de livraison (généralement, la livraison s’effectue en trois à cinq jours ouvrables). Le problème logistique engendré par cette configuration est comparable à celui des colis e-commerce “génériques” (c’est-à-dire non alimentaires) : la taille de la commande est réduite (quelques articles), les produits ne sont ni hautement périssables ni fragiles, et les livraisons ne requièrent pas une rapidité particulière.
Le second type d’initiative est appelé “on-demand food delivery”, qui consiste en la livraison de repas prêts à consommer via des plateformes en ligne. Il s’agit d’un secteur récent et disruptif, né avec l’apparition des premiers acteurs entre 2013 et 2015, où les livraisons sont effectuées par les riders, qui circulent principalement à vélo ou en scooter. Ce secteur suit des logiques particulières et spécifiques, et dans la majorité des cas, les livraisons partent de points d’origine qui ne sont pas des structures logistiques (souvent des restaurants).
Le troisième type d’initiative d’e-commerce alimentaire est appelé e-grocery, et consiste en la vente en ligne de produits alimentaires, vue comme une alternative aux courses en supermarché. Cette configuration suscite un intérêt croissant de la part des chercheurs et des managers du monde entier, en raison de l’adhésion de plus en plus grande des distributeurs et des clients à ce service. En effet, lors de la crise sanitaire de la COVID-19, de nombreux clients auparavant sceptiques ont testé les courses en ligne et se montrent maintenant enclins à modifier leur comportement d’achat en faveur de l’e-commerce.
Les caractéristiques de l’e-grocery et les défis logistiques engendrés
L’e-grocery présente des caractéristiques très particulières, qui se traduisent par des complexités logistiques considérables, nécessitant ainsi une gestion attentive et spécifique aussi bien en termes d’infrastructures que de transport.
Certains produits (comme les produits laitiers) sont frais et ont parfois une durée de vie très courte, tandis que d’autres sont congelés. Les distributeurs et prestataires logistiques du secteur doivent ainsi gérer des produits à trois températures (température ambiante, froid positif et froid négatif), ce qui exige des conditions spécifiques aussi bien pour le stockage que pour le transport.
Contrairement aux ventes en ligne des deux autres modèles, les commandes d’e-grocery sont composées d’un nombre significatif de lignes de commande et de pièces par commande. Cela augmente considérablement les temps de prélèvement (picking) et de préparation par rapport à une commande e-commerce classique (où les clients commandent normalement un ou deux articles seulement).
Si l’on considère le processus de transport, les complexités liées à la phase de livraison ne concernent pas seulement la nécessité de véhicules réfrigérés, mais aussi – et surtout – l’efficacité des tournées de livraison du dernier kilomètre. Les livraisons d’e-grocery se font sur rendez-vous – le client réserve un créneau horaire – ce qui réduit drastiquement les possibilités d’optimisation des itinéraires (contraignant ainsi la définition du routing).
Concernant les nœuds du réseau, de nombreux distributeurs traditionnels ne créent pas de structures dédiées au marché en ligne, mais préparent les commandes et stockent les courses en magasin. Or, ces structures suivent des logiques qui entravent l’efficacité logistique (par exemple, la disposition des produits sur les rayons visant à maximiser le parcours des clients contraste avec l’optimisation des temps de picking en entrepôt). La seule phase de picking en magasin (gérée en logique order picking, soit un prélèvement par commande) peut prendre jusqu’à 30 minutes par commande (pour une moyenne de 45 articles par commande), augmentant ainsi les coûts de manière exponentielle.
Enfin, la préparation des commandes en magasin génère une interférence mutuelle entre les préparateurs et les clients “offline”. D’une part, les préparateurs peuvent perturber l’expérience d’achat des clients en magasin à cause de leurs chariots volumineux. D’autre part, les clients peuvent ralentir le circuit de picking, réduisant encore l’efficacité.
Le duo gagnant : logistique et innovation
La logistique de l’e-grocery est-elle trop complexe à gérer ? Oui, mais uniquement si un problème aussi complexe et nouveau est abordé avec des solutions et infrastructures standards et traditionnelles. Il est nécessaire d’adopter des stratégies ciblées et innovantes.
Il serait souhaitable de créer, lorsque la demande le justifie, des structures dédiées à l’exécution des commandes en ligne, améliorant l’efficacité du picking et de la livraison, tout en réduisant les coûts.
Enfin, l’Intelligence Artificielle pourrait être utilisée pour proposer des produits de remplacement en cas de rupture de stock, limitant ainsi l’insatisfaction des clients. En tout cas, le succès repose sur le duo gagnant : logistique et innovation.



