
par Gianpaolo Albertoni
La nouvelle manière de concevoir les activités de distribution et de livraison
Le concept de “As a Service” (AaS) est dérivé du langage de la programmation et du développement logiciel, en particulier après l’avènement de l’informatique en nuage (cloud computing), et désigne un modèle économique où les entreprises évitent d’acheter des licences de logiciels tiers, se contentant de “louer” leur utilisation.
La “mobility as a service” : vocation technologique et écologique
Ce concept s’est rapidement étendu au-delà du domaine de l’informatique et, de manière pertinente pour nous, il a trouvé une application parfaite dans les besoins émergents en matière de mobilité urbaine : remplacer le concept de possession de son propre moyen de transport par celui de mobilité partagée, considérée comme l’achat uniquement du service nécessaire, et non du moyen de transport lui-même.
Une nouvelle philosophie qui, il faut l’admettre, rencontre des difficultés à s’implanter en raison des habitudes sociales bien ancrées selon lesquelles la possession d’une voiture représente un symbole de statut difficile à surmonter. Cependant, comme mentionné, elle répond bien aux besoins de mobilité qui émergent surtout dans les zones urbaines, où la congestion du trafic, les niveaux de pollution et les engagements politiques en matière de décarbonisation imposent une nouvelle vision du modèle économique et de la fourniture des services de transport.
La promesse est celle d’une plus grande agilité, d’un service plus efficace et personnalisable, ainsi que d’un coût global réduit pour les besoins de transport.
Tout cela devrait être facilité par l’utilisation d’une technologie multicanal permettant de planifier ses déplacements via une seule application. Cette application permettrait de choisir le véhicule le plus adapté à chaque déplacement, en passant facilement des avions et trains aux voitures (taxi, VTC, covoiturage, ou autres formes de location plus ou moins partagées), bus, tramways, scooters, vélos, trottinettes, et bien plus encore (motoscaffes, transports maritimes, motoneiges, funiculaires, et télésièges, il n’y a pas de limites…).
Cela peut sembler de la science-fiction, mais dès le printemps, des appels à projets et des financements ont été lancés par le gouvernement à travers un projet spécifique développé par le Département de la Transformation Numérique.
En Lombardie, un système de Car Sharing Électrique (E-VAI) est déjà actif et devrait bientôt être intégré au réseau ferroviaire lombard, permettant aux utilisateurs de voyager dans toute la région en combinant l’utilisation du train avec d’autres services plus ou moins publics.
Logistique as a service
L’évolution du concept de mobilité en tant que service a naturellement conduit à l’idée de Logistique as a Service. Ce concept trouve facilement sa place, notamment en raison des besoins croissants dans le domaine de la distribution, exacerbés par l’explosion du modèle de l’E-commerce.
Le terme définit un modèle de logistique dans lequel, en résumé, la gestion numérique des chaînes d’approvisionnement est confiée à des tiers.
Pour pouvoir exécuter cette opération en toute simplicité, il est nécessaire que toutes les informations numériques relatives au flux des produits à distribuer soient disponibles dans le cloud et consultables à distance via tout dispositif connecté au réseau.
Les logistiques les plus avancées disposent déjà de technologies et de big data concernant leurs flux, capables de capturer l’ensemble du cycle, de la production à la distribution au client. L’étape suivante consiste à rendre ces informations accessibles à leurs partenaires via l’informatique en nuage.
Pour atteindre cet objectif, une communication parfaite entre les parties et une coordination impeccable entre les activités d’intralogistique et les fournisseurs de services de transport sont essentielles, avec un partage simultané des informations sur le flux, garantissant à la fois rapidité et exhaustivité.
L’objectif de ce partage de données est de permettre aux partenaires tiers d’implémenter des dynamiques d’amélioration continue et de planification plus efficace, tout en facilitant les processus d’informatisation et de robotisation de ces niveaux de la chaîne.
Le but ultime est d’atteindre une meilleure efficacité en réduisant les coûts et en développant des services Just in Case et Just in Time, plus flexibles et évolutifs, capables de mieux s’adapter aux variations du marché (saisonnalité, dynamiques de service et possibilités d’optimisation).
L’avenir des opérations de transport et de livraison
La logistique urbaine fait face à un changement fondamental : jusqu’à présent, tout le système reposait sur un modèle “push” basé sur les choix des producteurs et des opérateurs logistiques, tandis qu’aujourd’hui, le marché, poussé par la demande, réclame un modèle “pull”, totalement orienté vers les besoins du client.
Pour rester compétitifs, les fournisseurs de services logistiques doivent donc développer des systèmes plus flexibles et efficaces.
L’élément clé de cette révolution réside dans l’efficacité obtenue grâce au partage des infrastructures, des moyens, des données, des informations et des compétences.
À l’avenir, ce domaine d’activité devrait regrouper des opérateurs logistiques, mais aussi des entités locales, des clients, des opérateurs commerciaux et des citoyens utilisant les services.
L’expérience logistique et distributive ne peut plus faire l’impasse sur les concepts d’E-Commerce ou de demande, sur l’Économie Collaborative, sur l’interconnexion des systèmes et sur l’informatique en nuage.
La “ubérisation” progressive des services de distribution semble désormais une évolution inévitable pour un service de plus en plus important, y compris pour sa consommation, qui, jusqu’à hier, était totalement séparée des besoins de distribution liés à la consommation des produits que nous utilisons tous, plus ou moins consciemment.
Le partage des espaces de stockage entre différents opérateurs est désormais une réalité courante, tout comme l’imposition de modèles de Crowd Sourced Delivery où les livraisons sont confiées à des collaborateurs occasionnels.
Les opérateurs du secteur ne peuvent ignorer le besoin croissant de robotisation des opérations d’intralogistique et l’évolution technologique des véhicules de transport de marchandises et de personnes, considérée ici comme une priorité écologique, mais aussi purement logistique, afin de développer pour les futurs environnements urbains un réseau de transports interconnecté et partagé à tous les niveaux.
Une société qui conçoit la logistique comme un service, et en particulier comme un service partagé, peut viser à intégrer ses systèmes de transport pour véhiculer des biens et des personnes, afin d’optimiser la capacité et le trafic généré par chaque véhicule circulant, atteignant ainsi des niveaux d’efficacité jusqu’à présent inimaginables.
La fusion des concepts de Mobility As a Service et Logistics As a Service, et non seulement leur superposition, peut offrir de nouvelles possibilités pour réduire le trafic dans les zones urbaines très congestionnées, et créer un service qui, en plus d’être plus agile, évolutif et économique, pourrait améliorer sensiblement la qualité de vie dans les grandes villes.




